Aller directement au contenu

Qu’est-ce que le Lean UX ?

06/12/2021
0

Lean UX

Illustration Ibrahim Usman (Dribbble)

Le Lean UX est une démarche basée sur l’expérimentation destinée à concevoir rapidement un produit centré sur les besoins des clients. C’est un processus itératif et collaboratif.

Lean UX : une définition

Le terme Lean UX, ou Lean User eXperience, renvoie au Lean Manufacturing et à l’UX Design. C’est une méthode de gestion de projet, une pratique du design, mais également un état d’esprit. Utiliser une approche Lean UX doit permettre de fabriquer efficacement un produit numérique répondant aux attentes des utilisateurs finaux. La méthode repose sur l’expérimentation et les itérations successives. L’équipe, multidisciplinaire, est centrée sur les résultats attendus par les utilisateurs.

Jeff Gothelf et Josh Seiden, “inventeurs” du lean UX

Jeff Gothelf, designer et praticien Agile, et Josh Seiden, UX Designer et fondateur de l’Interaction Design Association, en sont les inventeurs.

Voici leur définition du Lean UX :

« Inspirée des théories du Lean Startup et du développement Agile, [Lean UX] consiste à mettre en lumière la vraie nature d’un produit plus rapidement, de manière collaborative et interfonctionnelle, en mettant moins l’accent sur les produits livrables et plus sur une compréhension partagée de l’expérience réelle en cours de conception. »

Mais aussi :

« Lean UX, selon la définition en constante évolution que nous avons écrite et développée, combine les concepts de Lean Startup, avec une cadence et un état d’esprit Agile, pour apporter une perspective centrée utilisateur au design et au développement de produits modernes ».

Lean UX : une démarche basée sur l’expérimentation

Jean-François Nogier, dans sa préface à l’ouvrage de référence de Jeff Gothelf & Josh Seiden, Lean UX : Concevoir des produits meilleurs avec des équipes agiles, souligne la dimension expérimentale de la démarche.

Voici un extrait de cette préface :

“Le Lean UX n’est pas une méthodologie UX, c’est une méthode de développement agile, du type Lean Startup, qui intègre la dimension utilisateur (UX). En effet, le Lean UX ne cherche pas à comprendre l’utilisateur, ni les usages du futur produit. Tout ce qui relève de l’UX Research, les études utilisateurs, les ethnographies, les interviews, les persona, etc. ne fait pas partie du Lean UX. En Lean UX, on va vite et on itère. L’équipe pose donc des hypothèses sur les utilisateurs (proto-personas), sur les résultats attendus (outcomes) et les teste rapidement. Comme le dit Jeff Gothelf : Au lieu de passer des mois sur le terrain à interviewer des gens, nous ne passons que quelques heures à créer des proto-personas.

Cette méthodologie est fondée par essence sur l’expérimentation, s’appuyant sur un processus d’itérations continues, des cycles courts permettant d’obtenir rapidement les retours des utilisateurs.”

Différence entre lean et agile… a priori

Mais avant d’aller plus loin, il est essentiel de bien comprendre en quoi, a priori, le lean UX se distingue de la méthode agile.

Intégrer l’approche UX dans une démarche agile

Toujours dans cette même préface, Jean-François Nogier aborde les liens entre lean UX et agile. Il montre en quoi les auteurs parviennent à intégrer l’approche UX dans une démarche agile.

“Jusqu’à présent, la démarche UX classique était incompatible avec les cycles agiles. Jeff Gothelf nous apporte une réponse avec le Lean UX ; en rassemblant les démarches de Lean Startup et d’UX Design, il réussit à intégrer efficacement l’approche UX dans une démarche agile.

Jeff Gothelf fonde sa méthode sur deux constatations.

  • La première est que de nombreuses équipes de développement ont construit de formidables solutions à des problèmes qui n’existaient pas car elles n’avaient pas étudié les usages avant de se lancer.
  • La seconde est à l’inverse, que de passionnantes études d’usage finissent parfois en un volumineux rapport présentant les spécifications idéales d’un futur produit qui, au final, ne sera jamais développé car trop complexe ou trop coûteux.

C’est le propre de la méthode conçue par Jeff Gothelf que de permettre de construire efficacement, par itérations successives, un produit réaliste répondant de manière concrète aux attentes de ses futurs utilisateurs.”

Eviter les retours en arrière

Jean-François Nogier pointe un risque propre à toute méthode itérative : les retours en arrière.

“Le risque de cette démarche, comme de toute méthode itérative et rapide, est de devoir souvent revenir en arrière. Ce problème de gaspillage et de reprise est inhérent au Lean UX.

Il existe deux moyens de l’éviter.

  • Le premier est de ne pas commencer tout de suite en Lean UX et de démarrer le projet par une phase de Design Sprint qui fournira une base claire au Lean UX sur les attentes des utilisateurs.
  • Le second est de s’assurer de la rigueur du processus d’expérimentation. En effet, faire des tests rapides ne doit pas dire bâcler les tests ; attention au profil des utilisateurs, soyez vigilant à ce que le panel soit effectivement représentatif du cœur de cible. Faire un test toutes les semaines avec seulement trois utilisateurs risquent de remettre fréquemment en cause les hypothèses. Un panel d’au moins six utilisateurs permettra de converger plus rapidement.

Pour que les itérations du Lean UX puissent converger, les tests doivent être précis et rigoureux. Tester des hypothèses c’est aussi suivre un protocole expérimental qui permette d’éviter de biaiser les résultats et d’identifier précisément les mesures qui permettront de valider ces hypothèses. Le Lean UX recommande de faire des tests fréquemment et rapidement, attention à ne pas bâcler pour autant cette phase d’expérimentation en voulant aller vite, car c’est elle qui va déterminer le sens des itérations.

Jeff Gothelf nous apporte avec le Lean UX un moyen d’intégrer l’UX dans le développement.

C’est une démarche objective, s’appuyant sur les données, avec des objectifs précis en termes de résultats attendus. C’est également une méthode rapide et itérative. Attention toutefois à ne pas oublier qu’elle s’appuie sur des principes d’expérimentation qui, s’ils ne sont pas respectés, risquent de rallonger considérablement les phases d’itération.”

Aux origines du Lean UX

Le Lean UX s’inspire des principes Lean Startup, du développement Agile, et de l’approche Design Thinking. L’objectif est d’optimiser la conception de l’UX, le processus de développement, et la collaboration d’équipes agiles.

Dans le cadre de leur métier de designers, Jeff Gothelf et Josh Seiden ont été confrontés à des problèmes récurrents. Ils ont d’ailleurs créé un diagramme des pain points et frustrations dans leur environnement de travail.

« Lesson for 5 Years of Lean UX »

Source : « Lesson for 5 Years of Lean UX »

Concilier gestion de projet Agile et UX

Comment concilier gestion de projet Agile et conception de la meilleure expérience utilisateur possible ? S’adapter aux changements – production logicielle continue et évolution des usages – et réduire la prise de risque ? Éviter de perdre du temps en maquettes qui seront jetées ? Gothelf et Seiden ont décidé de développer une méthode en reprenant des bonnes pratiques et principes issus de trois démarches :

  • Mouvement Lean Startup (inspirée de la méthodologie de gestion Lean Manufacturing): expérimentation, recherche d’idées de manière itérative, processus évolutif
  • Méthode de conception centrée utilisateur Design Thinking : empathie, intelligence collective, droit à l’erreur, résolution de problèmes.
  • Approches Agiles du développement logiciel: découper le projet en cycles courts, avec itération rapide, auto-organisation des équipes, sprints, capacité à s’adapter aux bouleversements en cours de projet…

Le lean UX : un processus de conception centré utilisateur ou client

Enfin, comme en UX Design, tout commence avec la compréhension des besoins des utilisateurs des interfaces. Le Lean User Experience, selon ses auteurs, est d’abord un processus de conception centré utilisateur ou client.

Source : Gartner : Enterprise Architects Combine Design Thinking, Lean Startup and Agile to Drive Digital Innovation

En 2013, Jeff Gothelf et Josh Seiden publient l’ouvrage : « Lean UX Applying Lean Principles to Improve User Experience » (« Lean UX : appliquer les principes Lean pour améliorer l’expérience utilisateur », non traduit en France). Des entreprises commencent alors à mettre en place une méthode Lean UX pour gérer leurs projets informatiques.

Après avoir expérimenté cette « approche du design d’interaction » pendant quelques années, ils publient une version améliorée : « Lean UX : Designing Great Products With Agile Teams » en 2016. Le livre paraît en France en 2019 sous le titre « Lean UX – Concevoir des produits meilleurs avec les équipes agiles ».

En 2015, nous donnions cette définition du lean UX :

“L’objectif du Lean UX est de dépenser moins de temps et d’énergie dans les livrables afin de se concentrer sur la qualité du résultat final : l’interface.”

Lire notre article : FLUPA UX Day 2015

UX DAY Lean UX

Itération en Lean UX
Source image : LitheSpeed

Comprendre la démarche Lean UX : les principes

Les principes essentiels de la méthode Lean UX sont proches des méthodes traditionnelles UX, avec des ingrédients Lean :

  • Équipes « cross-functional »: inter-fonctionnelles, multidisciplinaires, rassemblant UX Designers, développeurs, Product Manager, Product Owner… pour croiser les points de vue et expertises de chacun, accroître l’empathie pour l’utilisateur, apprendre collectivement, et insuffler une dynamique dans la gestion de projets. Ce travail d’équipe est primordial dans le concept de Lean UX.
  • Petite équipe – 10 personnes au maximum – rassemblée au même endroit pour gérer un unique projet.
  • Focus sur les résultats (outcomes) et non sur la production (output). Les produits et les services sont des « outputs » pour atteindre des « outcomes ».
  • Concentration sur le problème à résoudre: l’objectif n’est pas d’ajouter des fonctionnalités potentiellement inutiles, mais de trouver la solution à un problème (business et/ou utilisateur).
  • Élimination des déchets: sur le principe du Lean Manufacturing ou du Système de Production Toyota (TPS) appliqué au processus de développement logiciel. Ici les déchets sont la documentation, les artefacts, etc. Il faut commencer à fabriquer rapidement une première version du produit.
  • Getting Out Of The Building (GOOB): « sortir du bâtiment », c’est-à-dire soumettre les idées aux clients aussi vite que possible pour obtenir des retours et débuter la prochaine itération.
  • Découverte continue: intégrer le client durant le design et le développement itératif avec des études qualitatives et quantitatives.
  • Avoir la permission d’échouer: oser et tester pour apprendre de ses erreurs et découvrir continuellement comment améliorer le produit.
  • Pas de rockstars, de gourous ni de ninjas: le Lean UX est « un sport d’équipe ».
  • Sortir du principe des livrables: les livrables sont trop souvent des goulots d’étranglement (bottleneck) à la création. Au lieu d’essayer de détailler les livrables, mieux vaut se concentrer sur la compréhension de l’expérience à concevoir.

Lean UX et Design Thinking pour concevoir le bon produit

Jeff Gothelf détaille l’intérêt de ses principes dans la conférence « Lean UX et Design Thinking pour concevoir le bon produit » : Il précise également que comme le Design Thinking, le Lean User Experience n’est pas réservé aux designers.

L’approche doit être « quick and dirty » (rapide et sale) d’où l’importance du MVP (Minimum Viable Product, ou Produit Minimum Viable) dans le cycle Lean UX.

Appliquer le lean UX : le cycle en 3 phases et le processus

Le cycle itératif du Lean UX se résume à 3 étapes : Think (Penser), Make (Fabriquer), Check (Vérifier).

Source : Lane Halley, Lean UX, Somewhere over the Waterfall

  • Think: comprendre les clients avec des recherches utilisateurs, des benchmarks, des observations en situation réelle, des phases d’idéation, etc. pour identifier les problèmes à résoudre.
  • Make: designers et développeurs déploient ensemble les prototypes pour optimiser le produit ou résoudre le problème.
  • Check: soumettre rapidement l’idée, le prototype, à la cible avec des tests d’utilisabilité, A/B Testing, Eye Tracking…

Et ainsi de suite.

Ce processus comprend 4 phrases :

Source : UX Book Reviews

Declare Assumptions : Formuler des hypothèses (« assumptions »), souvent en atelier, avec un représentant pour chaque discipline (équipe de développement, UX et UI Designer, service client, etc.). Chacun doit avoir toutes les données relatives au problème à résoudre. L’hypothèse est élaborée à partir de questions centrées sur l’utilisateur (qui sont-ils ? Comment utilisent-ils le produit au quotidien ?). Exemple : « Je pense que mes clients ont besoin de… Ces besoins pourraient être résolus avec… ». On tient compte du risque pris par l’entreprise.

UX process project AssumptionsUn exemple d’atelier autour des hypothèses : UXstudio

  • Des « outcomes » sont formulés à partir de ces hypothèses, de personas existants ou de proto-personas. Un brainstorming permet de décider du résultat qui guidera la conception. L’hypothèse à conserver doit être validée avant de commencer le cycle de développement.

On peut s’aider du Lean UX Canvas créé par Jeff Gothelf.

Lean UX canvasSource : Jeff Gothelf Blog

  • Create a MVP: Créer un produit minimum viable à partir de l’hypothèse validée. On peut organiser un atelier Design Studio ou d’un Style Guides, prototyper l’expérience avec un prototype papier, des wireframes basse-fidélité en s’aidant d’une application… ou utiliser des MVP qui ne sont pas des prototypes : Landing Page, par exemple.
  • Run an experiment: Lancer l’expérience du MVP, d’abord avec les parties prenantes au projet.
  • Feedback and Research: Retours utilisateurs et recherches. Procéder aux tests du MVP avec les utilisateurs et continuer, toujours collaborativement, à faire des recherches utilisateurs. Si besoin, tester chaque idée, en revenant à la phase des hypothèses.

Les avantages de la méthode Lean UX : l’écoute et la communication

  • Moins de débats interminables au sein de l’équipe
  • Plus d’efficacité dans le cadre de projets Agiles
  • L’accent est mis sur la communication et l’écoute réciproque
  • La conception est accélérée (moins de documentation)
  • Le risque pris et l’investissement sont faibles

Les limites du Lean UX : Quick and Dirty ?

Cependant, on lui reproche souvent d’être davantage axé sur le développement du produit que sur la compréhension des utilisateurs réels. La recherche UX est minime et la dimension Quick & Dirty, bien qu’efficace, est dangereuse. La mise en place d’un Design Sprint, en début de projet, peut aider à identifier les hypothèses à tester. L’étape consacrée à l’évaluation des interfaces – tests d’utilisabilité entre autres – sera aussi particulièrement importante.

Conclusion

Avec le Lean UX, Jeff Gothelf et Josh Seiden ont voulu mettre au point une méthode agile, répondant aux besoins du client, et viable économiquement. Le Lean UX est une méthode de développement qui répond à des problématiques actuelles. L’approche Lean UX peut être efficace pour développer rapidement un produit informatique réaliste avec une satisfaction client à la clé. Deux difficultés sont à souligner. D’abord, les membres de l’équipe doivent être activement impliqués. Ensuite, à trop vouloir aller vite et itérer, on risque de revenir sans cesse en arrière.

À lire sur le blog

Bibliographie et sources

Jeff Gothelf, Josh Seiden, Lean UX - Concevoir de meilleurs produits avec des équipes agiles, Dunod, 2019Jeff Gothelf & Josh Seiden, Lean UX : Concevoir des produits meilleurs avec des équipes agiles, préambule de Jean-François Nogier, Dunod, 2019

 

 

 

 

 

 

Livre Lean UX Designing Great Products With Agile TeamsJeff Gothelf & Josh Seiden, Lean UX Applying Lean Principles to Improve User Experience, O’Reilly, 2013

 

 

 

 

 

 

Commentaire